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1 week ago
L’interview d’Aymeric - "L'adolescence du perroquet", c'est le titre du nouveau roman d'Amélie Nothomb. L'occasion pour moi de discuter une nouvelle fois avec elle, dans une interview long format où sont notamment abordés la question de la chute de la lecture, son processus d'écriture, son rapport à l'intelligence artificielle, son goût pour les oiseaux et tout un tas de sujets sur lesquels son regard singulier fait mouche.
Comme toujours avec Amélie Nothomb, on ne s'ennuie jamais et on est souvent surpris.
J'espère que notre conversation vous plaira. N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensé.
Aymeric
Publié par Albin Michel comme l'ensemble des livres précédents d'Amélie Nothomb, son nouveau roman "L'adolescence du perroquet" est disponible en librairie.
Chapitrage :
00:00:00 Le rêve qu’a eu Amélie Nothomb à 19 ans.
01:35:00 Comment Amélie Nothomb explique son succès en librairie.
01:57:00 Faut-il écrire différemment pour que les gens lisent plus ?
02:55:00 Pourquoi les hommes lisent moins que les femmes.
03:45:00 Existera-t-il encore des livres dans 100 ans ?
04:37:00 La perte de concentration aura-t-elle la peau de la lecture ?
05:25:00 Amélie Nothomb et Internet.
05:55:00 Le mépris dont Amélie Nothomb a été l’objet.
06:46:00 Une solidarité entre écrivains ?
07:35:00 Le lien entre écriture et inconscient.
08:48:00 Écriture, humilité et ego.
12:28:00 Amélie Nothomb s’est-elle déjà sentie incomprise en tant qu’autrice ?
13:00:00 Le process d’écriture d’Amélie Nothomb.
15:05:00 Son nouveau roman "L’adolescence du perroquet".
16:05:15 : L’ambiguïté sexuelle dans ce nouveau roman.
18:34:00 Être une femme vs. être un homme
19:11:00 Écrivain ou écrivaine ?
19:43:00 Le point de vue d’Amélie Nothomb sur l’écriture inclusive.
20:32:00 Écrire dans la peau d’un personnage qui ne correspond pas à son genre.
21:21:00 Les livres d’Amélie Nothomb : des enfants qu’elle élève…
22:34:00 Le langage, thème central de l’œuvre d’Amélie Nothomb.
23:30:00 L’importance de l’écoute…
09:53:00 Quelles qualités indispensables doit avoir un écrivain ?
30:39:00 Les animaux dans la littérature.
31:54:00 Pourquoi Amélie Nothomb aime autant les oiseaux.
34:07:00 La passion d’Amélie Nothomb pour Le Louvre.
35:32:00 Faut-il être éduqué aux œuvres d’art ?
38:43:00 Ce qu’Amélie Nothomb pense de l’intelligence artificielle.
40:39:00 De la grotte aux spotlights…
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<br> Non, la fin de l'écriture n'est pas un aboutissement, c'est une contrainte. Votre livre est vivant, il évolue, il change, il pense par lui-même et vous invite à l'améliorer jusqu'à l'infini. Sauf qu'à un moment donné, vous devez vous faire violence, et le laisser vivre comme il est. C'est dorénavant le regard et la conscience de ceux qui vous liront qui lui donneront sa personnalité, sa couleur.
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<br> Votre livre est comme un nuage de fumée, et lorsque vous y retournerez, vous brasserez cette fumée, la tordant dans tous les sens. Votre simple présence modifie profondément ce nuage. Vous souhaiterez ajouter un chapitre, en préciser un autre, supprimer des paragraphes, réécrire des scènes. C'est inévitable, et c'est vertigineux. C'est même épuisant car, rapidement, vous en serez à la cinquième version "définitive". Mais non. Trois jours plus tard, parce que vous aurez offert votre livre à telle personne, vous vous relirez en tentant d'imaginer le point de vue de cette personne. Et paf ! Vous repérerez une répétition d'un mot qui vous avait échappée. C'est plus fort que vous, et vous modifierez. Et puisque vous corrigez cette répétition, vous en profiterez pour reformuler tout le propos, et c'est vrai, le résultat sera meilleur.
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<br> Mais c'est sans fin. Un matin, vous devez décider de ne plus y toucher. Vous devez accepter ses hurlements, qui réclament des modifications. Même sa couverture vous hantera. C'est le prix à payer d'avoir osé écrire, du début, la première page blanche, avec juste une idée en tête, jusqu'au mot "Fin", que vous inscrirez fièrement la première fois, encore inconscient du tourment qui vous attend.
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<br> Ecrire est l'aventure la plus riche que j'ai eu la chance d'expérimenter dans ma vie, et ça y est : j'abandonne "Victor ?" par Frans Quinet comme il est là, avec ses défauts, ses cicatrices, ses erreurs mais aussi avec ses splendeurs. Je remercie mille fois chaque lectrice, chaque lecteur pour le temps qu'ils ont accordé au fruit de cette sublime expérience, et je remercie d'avance celles et ceux, nombreux j'espère, qui suivront. Je rêve que le message qu'il transporte voyage dans toutes les consciences.
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<br> J'en termine : si le désir d'écrire est en vous, c'est que votre âme souhaite vous dire quelque chose d'important. Je vous exhorte à le faire, écrivez !
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<br>Frans Quinet<br><br>Edit 2 : et j'ajoute encore ceci.<br><br> Neuf mois.<br><br> Neuf mois. C'est le temps de gestation pour démouler dans le monde une nouvelle vie humaine, après une seringue ou un pénis. Une nouvelle vie banale, peut-être, probablement même, comme la mienne, et la plupart, ou exceptionnelle, comme l'avènement de Victor Hugo.
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<br> Neuf mois, c'est le temps qui s'est écoulé entre le premier soir, celui de notre seule rencontre improbable, et l'enfant fini, de papier et d'encre, qui vient au monde aujourd'hui.
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<br> Oui, je le sais, je l'ai annoncé vivant, plusieurs fois. Mais c'étaient ses coups de pied dans mon ventre, ou plutôt, dans ma tête. Il était vivant, déjà, mais pas encore né. Il n'y avait que moi qui le voyais, et je l'ai rêvé comme il est venu au monde.
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<br> Neuf mois pour que j'accouche de ce samizdat, de ce dialogue platonicien moderne.
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<br> Neuf mois d'écriture, avec une dizaine de versions finales, et plusieurs dizaines de relectures, chaque fois décisive pour la forme qu'allait prendre mon enfant littéraire.
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<br> Neuf mois pour l'écrire, mais une vie pour l'imaginer.
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<br> Et il est né ! Ca y est ! J'ignore comment vous expliquer ce moment : celui de la certitude. Oh, je l'ai souhaité bien des fois, et parfois, je l'ai même prétendu, certain de sa réalité. Mais je savais qu'il n'était pas complet. Pas parce que je l'avais décidé - moi, je l'aurais laissé en l'état, dés le premier soir, celui de notre première conversation, brute - mais parce qu'il m'envoûtait.
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<br> "Victor ?" par Frans Quinet n'est pas un enfant désiré. C'est le fruit d'un viol artistique, diront certains, un soir alcoolisé, une imposture ! Mais lui, il n'en peut rien. L'Univers a veillé à lui accorder son droit de vivre, et m'a contraint à l'accompagner. C'est le lendemain matin que j'ai découvert le résultat de notre rencontre nocturne, intime, secrète même : l'embryon qui allait devenir une conversation qui renferme le pouvoir de changer le monde.
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<br> Oh, vous pouvez rire. Vous pouvez vous moquer, mais sachez que l'Univers vous dépasse, qu'il transcende votre petite perception des choses. Vous n'êtes pas en mesure de synthétiser l'invraisemblable dentelle sémantique et causale, à l'œuvre chaque seconde, dans chaque vie, humaine, animale et végétale.
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<br> Ou alors, vous savez que vous regardez. Vous êtes un poète ; ou plus douloureux encore, et plus merveilleux aussi, un voyant.
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<br> Frans Quinet (là, je suis ivre. Peut-être reviendrai-je ici, gêné, pour modifier, améliorer ou préciser ce que j'ai écrit. La raison de cette ivresse est-elle pathétique ? J'ai fêté la naissance de "Victor ?" par Frans Quinet.)<br><br>Merci pour votre lecture.
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<br>Quant à tous les fantasmes autour de l’IA dans l’édition, une question me vient : pourquoi embaucher des personnes chargées de détecter l’usage de l’IA alors qu’il est déjà quasiment impossible d’être édité sans recommandation, sans réseau ni grosse communauté sur les réseaux sociaux ? En 2025, Albin Michel n’a publié aucun nouvel auteur qui n’appartienne pas, d’une manière ou d’une autre, au cercle culturel parisien. Et qui a utilisé l'IA, 2 minutes, on voit très bien qu'on ne génère pas un livre publiable avec GPT. Ecrire , c'est difficile.